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Tribune Decade for Change dans Le Journal du Dimanche : « Pourquoi le recul du jour du dépassement est un trompe-l’œil »

Le Journal du Dimanche – 22 août 2020

Julie de La Sablière et Charles Nicolas, de l’agence de conseil en transformation durable Decade for Change, analysent le recul cette année du « jour du dépassement », soit la date symbolique où l’humanité a consommé l’ensemble des ressources disponibles pour une année. Mais le retard historique de trois semaines observé en 2020, à cause de la pandémie, n’est qu’une apparente bonne nouvelle, expliquent-ils.

« A compter de ce samedi 22 août, le monde entre en déficit écologique : nous avons consommé la totalité des ressources écologiques que la Terre est capable de générer en une année. C’est le ‘jour du dépassement’ mondial, concept vulgarisé par l’ONG Global Footprint Network. Il nous faudrait aujourd’hui 1,6 planète pour satisfaire notre rythme de consommation annuel. Pourtant, cette année est historique. C’est, en effet, la première fois depuis 1970 que cette date fatidique, qui traditionnellement est chaque année plus précoce que la précédente, est retardée de trois semaines sous l’effet de la mise en pause exceptionnelle d’une large partie de l’économie mondiale face à la pandémie. Une bonne nouvelle certes, mais qui cache une réalité en trompe-l’œil.

En effet, malgré son ampleur exceptionnelle, le ralentissement économique imposé par la crise du Covid n’aura eu qu’un impact limité sur notre empreinte écologique globale. Et un impact quasi nul sur le climat. Un collectif de chercheurs piloté par Piers et Harriet Forster vient ainsi d’estimer que la baisse des émissions liées aux mesures de lutte contre la pandémie ne réduirait que de 0,01°C le réchauffement en 2030.

Par ailleurs, cet effet sera tout à fait temporaire si le seul mot d’ordre est le rétablissement à tout prix et au plus vite de modèles non soutenables. D’autant que l’ambition des Accords de Paris ne se limite pas à préserver les quelques bénéfices environnementaux de ce choc, mais bien à obtenir chaque année une réduction supplémentaire de notre empreinte du même ordre que celle enregistrée cette année. Cela, même dans les pires projections, la pandémie ne pourra pas le déclencher.

Préférer la rupture à la transition

Regardons les choses en face : le défi climatique et environnemental exigera des actions volontaristes d’une ampleur sans précédent. La crise du Covid aura contribué à matérialiser encore davantage cette évidence en faisant prendre conscience de l’enjeu. Les transformations à opérer dans nos modes de vie, de consommation, de production sont massives. Pour se donner les moyens de répondre à l’urgence, il faut désormais préférer à la logique de transition – qui cherche trop souvent un illusoire compromis entre des intérêts irréconciliables – une approche de rupture.

A l’échelle de l’entreprise, qui ne peut pas attendre que les pouvoirs publics lui dictent son niveau d’ambition, c’est cette approche de rupture qui donnera du sens aux changements radicaux subis ces derniers mois. C’est elle qui saura justifier les efforts consentis et les efforts à venir. Elle qui stimulera la capacité d’adaptation individuelle et collective. Elle qui fixera un nouveau cap, dans un paysage où l’incertitude et l’absence de visibilité dominent. Elle enfin qui suscitera un véritable engagement des collaborateurs et satisfera leur besoin d’alignement. Cette transformation de rupture doit être soutenue par la confiance d’investisseurs qui se disent aujourd’hui largement conscients des déterminants de la soutenabilité et de la résilience de long terme de leurs actifs.

Des entreprises se sont déjà engagées sur cette voie 

L’idée de rupture n’est pas un concept abstrait. Par bien des moyens, elle peut trouver une traduction rapide. Des entreprises se sont déjà engagées sur cette voie, en intégrant la question de leur contribution positive au cœur de leur mission et de leurs statuts. En adaptant leur gouvernance avec des mandats et des expertises capables de peser sur les grandes orientations stratégiques. En reconnaissant que leur responsabilité dépasse le seul périmètre de leurs activités directes, et en se fixant des objectifs sur l’ensemble du cycle de vie des produits ou à l’échelle de leur chaîne de valeur. En donnant à leurs collaborateurs les moyens d’être acteurs de la transformation, grâce à des programmes de formation ambitieux et à des politiques RH adaptés.

L’essor de ces nouvelles logiques se nourrit de bénéfices immédiats : confiance des parties prenantes, engagement des équipes, résilience économique. Ce sont elles qui portent l’espoir qu’on puisse dans un avenir proche, grâce à des transformations voulues, mesurer une réduction durable et suffisante de l’impact écologique de nos activités. »

Julie de La Sablière et Charles Nicolas, co-fondateurs Decade for Change

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