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Souveraineté, inclusion, écologie : les trois priorités du monde d’après

En ces jours de grand bouleversement, la tentation est grande de croire que l’urgence de la situation autorise à donner la priorité au sauvetage court-termiste de notre modèle de production et de consommation. Ce serait une erreur aux conséquences plus graves encore que celles de la pandémie.

Car surmonter la crise sanitaire en éludant les questions qu’elle suscite pour l’avenir revient à nous rendre plus vulnérables encore. Quand la confiance que nos sociétés plaçaient dans leurs principes fondamentaux aura été durement affaiblie, sauront-elles affronter les immenses défis du dérèglement climatique et de la montée des inégalités ? Pourront-elles vraiment défendre la légitimité de leurs actions face aux demandes de plus en plus pressantes des citoyens, des jeunes générations, des consommateurs ?

Ce qui est vrai des sociétés est vrai des entreprises : il est indispensable qu’elles tirent les leçons de cette épreuve avant même qu’elle ne s’achève. Car il est impossible d’envisager que le traumatisme qu’elle laissera n’ait servi à rien.

Ne penser la sortie de crise qu’à l’aune des perspectives de reprise économique à horizon 2020 et 2021 n’est que l’expression de la résistance du système tel qu’il (dys)fonctionne aujourd’hui : il encaisse le choc plus qu’il ne s’adapte à une nouvelle donne ; il y répond en mobilisant des modèles dépassés, à grands renforts d’artifices et de subsides publics ; il se nourrit des tentations du repli défensif et reporte sine die les réflexions sur l’avenir de la planète et le partage des richesses.

Pour se libérer de cet aveuglement, la solution pour les entreprises est de miser sur une vraie résilience, c’est-à-dire sur leur capacité à absorber l’énergie du choc que nous subissons pour se transformer au cœur même de la crise.

Les dirigeants qui font le choix de la résilience doivent intégrer au cœur de leur stratégie trois prérequis qui seront cardinaux dans le « monde d’après ».
La souveraineté d’abord. Parmi les absurdités de la mondialisation que la crise a révélées figure en tête la vulnérabilité de notre pays dans sa capacité à s’équiper et à produire les médicaments, les masques ou les respirateurs dont il a impérieusement besoin. Cette crise, à n’en pas douter, soulèvera la question de la réappropriation de certaines chaines de valeur jugées essentielles aux nations. Ainsi, les enjeux de souveraineté en matière de santé, mais aussi de souveraineté alimentaire ou technologique, seront regardés avec une acuité nouvelle. Soit les entreprises comme les Etats s’en saisissent, en démontrant qu’ils ne sont pas réticents à l’ouverture et la coopération, soit les populistes de tous les pays y trouveront une voie certaine vers l’accès au pouvoir.
L’inclusion sociale ensuite, qui sera un enjeu de survie du système face à l’explosion redoutée du chômage. Aujourd’hui, le gouvernement incite les acteurs économiques, même fragilisés, à éviter les licenciements en organisant le repli. Mais, demain, elles devront toutes contribuer à maintenir, soutenir l’emploi « quoi qu’il en coûte ». Sans cela, elles armeront la bombe d’une économie à deux vitesses.

L’impératif écologique enfin, car nos attaques incessantes sur la biodiversité comme le dérèglement climatique font peser des risques immenses sur nos écosystèmes et sur notre économie. Cette pandémie est un signal d’alarme que la nature nous envoie. Refuser de l’entendre exposera encore davantage les entreprises au risque colossal que la destruction de l’environnement fait peser sur leurs activités et sur leur valeur.

La transformation induite par ce nouveau cadre paraît colossale. Elle puise pourtant en elle-même son propre élan, puisque ses bénéfices sont immédiats. Aujourd’hui, les entreprises les plus résilientes sont celles qui ont le mieux intégré la dimension de contribution positive à leur environnement.

A la pointe du changement, ce sont elles qui dessineront ces nouveaux futurs plutôt qu’elles ne les subiront. Elles qui sauront prendre le chemin d’un développement durable et rentable. Elles qui garantiront leur accès aux ressources. Elles qui réduiront leurs coûts et leur exposition aux risques. Elles qui accompagneront le régulateur plutôt que de le suivre. Elles que les jeunes voudront rejoindre. Elles qui s’assureront l’engagement et la fidélité de leurs collaborateurs. Elles qui, par-dessus tout, susciteront la bienveillance de l’opinion et des consommateurs.

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