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Le carbone s’arrête à la frontière

Arlésienne des politiques de lutte contre le réchauffement climatique, la taxe carbone nationale est l’absente remarquée des propositions des 150 citoyens. À l’origine du mouvement des gilets jaunes, l’option fâche. Alors ils lui préfèrent le mécanisme d’ajustement aux frontières européennes, sur lequel planche déjà Bruxelles pour 2021. Le principe en est simple : taxer les marchandises entrant dans l’espace européen en fonction de leur empreinte carbone.

Les avantages semblent évidents : un levier puissant de réduction des émissions de gaz à effet de serre, à l’échelle de l’Europe et du monde ; de nouvelles ressources propres pour l’UE, fort bienvenues pour financer son plan de relance ; un moyen d’éviter les « fuites de carbone », c’est-à-dire la délocalisation des productions les plus émettrices qui annulerait tous les efforts réalisés en Europe ; la protection ou la restauration de l’emploi industriel.

Mais les obstacles sont nombreux, relève une note de l’Institut Jacques Delors. Au plan technique d’abord : comment mesurer le carbone émis dans la fabrication et le transport des produits importés ? Aucun instrument n’existe à ce jour. Politique ensuite : comment obtenir un consensus au niveau européen, alors que les pays charbonniers ont beaucoup à perdre ? Mobiliser le futur « fonds pour une transition juste » est une piste. Commercial enfin : comment rendre le mécanisme compatible avec les règles de l’OMC et ne pas braquer ses partenaires commerciaux ? L’économiste Eric Chaney propose de les intégrer dans un « club climat » qui les protégerait de cette taxe. Enfin, pour imposer un prix fort à l’extérieur, il faut d’abord l’installer chez soi : en donnant au prix du carbone sur le marché européen (ETS) « un plancher suffisamment haut pour permettre le basculement », plaident les personnalités du réseau Climate Chance

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